mercredi 28 février 2018

Kubotan mousse et soft boxing

Depuis que je donne des cours à thème "gestion de l'incertitude" à tendance percussion (armes ou mains nues) pour les aikibudokas de Critot, je me suis aperçu d'un "défaut récurrent" de leur part : Une incapacité à différencier la saisie de la percussion et une recherche quasi sytématique de la saisie de main. 

Et c'est un problème...

Pourquoi ?

Etant donné que l'aikibudo vise a apporter des réponses orientées saisies/projections, l'aikibudoka moyen est prédisposé à rechercher la préhension.
Même si les attaques sont travaillées, elles ne le sont pas, à mon sens, en volume suffisant pour contrebalancer la tendance développée à la saisie. Ce qui est, somme toute normal, dans le curriculum de l'activité.
Mais, là ou cela est un soucis, c'est quand, malgré les consignes, ou le type d'exercice que l'on oriente "boxe", les pratiquants sont incapables de se retenir de tenter de saisir, et, plus encore, quand ils n'ont même pas conscience de ce comportement.
Ce defaut se remarque surtout chez les pratiquants "un peu" anciens, voire anciens, donc bien formatés par l'activité. Les debutants, paradoxalement, ayant peut-etre le corps et l'esprit plus neufs, semblent moins impactés.

Si l'on part du principe que l'un des buts des arts martiaux est de se rendre maître de son corps et de sa tête, on se dit que, là, peut-être, il y a un réel soucis de disponibilité technique et mentale...

Comment y remédier ?

j'ai donc imaginé et testé 3 types de réponses :

  • 1/ Faire des seances "tout percussion", style boxe : Là, les acquis aiki ressortent moins, car le contexte developpé est trop différent. Pas de parasitage subi; En changeant le paradigme, le pratiquant est forcé de "vider sa tasse". 
Toutefois, chez les plus anciens, une fois qu'ils ont compris le "tout boxe-main fermée", ils peuvent se concentrer sur des parallèles utiles et replacer leurs acquis aikibudo, par le biais, essentiellement des déplacements et de la mobilité et des "parades-chassées" ou parades-enveloppées" qui ressemblent aux "entrées" étudiées en aiki; Un parallèle se fait donc, mais sans céder à la saisie.
Dans cette même idée, le recours à des principes d'armes permet d'envisager les enchaînements de percussions "comme si on avait un sabre".
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  • 2/ Dans la même idée les assauts et exercices au couteau les concentrent par le biais d'une arme courte, presque corps à corps, sur une distance d'échange elle-même courte, mais sans ceder à la saisie, que j'interdis alors.- Dans bien des cas, de plus, la saisie de la main armée du couteau devient très hasardeuse, sur un adversaire déterminé (joueur ?) à toucher sans se laisse attraper et qui est prêt à toutes les fourberies amusantes pour vous larder (sans danger !) avec son objet couteau "soft" de jeu... -
    On rentre dans une sorte "d'escrime courte" qui squizze la tendance à la saisie.

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  • 3/ Enfin, on peut imaginer empêcher physiquement la saisie. Pour cela, clairement il faut rendre matériellement impossible, la saisie par la main.

Pour cela j'ai alors imaginé un outil pédagogique : le "kubotan-mousse" que j'appelle le tampon-marqueur ou que des esprits lutins ont tout de suite baptisé : le tire-bouchon (allez savoir pourquoi !)


3 bouts pour toucher...
Il s'agit d'un objet en forme de croix, en mousse souple, qu'il faut tenir dans la main : De fait, celle-ci ne peut s'ouvrir pour saisir, puisque le tampon-marqueur, sinon, tomberait.
De plus cet objet, de par les trois extrémités qui dépassent de la main, matérialise 3 formes de percussions possibles, et permet de prendre conscience des trajectoires/directions nécessaires pour percuter ainsi que les angles de main logiques pour toucher avec l'une ou l'autre des parties de l'objet.

...favorisent la prise de conscience des angles et zone de frappe "de base", de la main

Enfin, par l'obligation donnée de toucher (et non frapper !) uniquement avec l'objet en interdisant le contact de la main sur le corps adverse, il incite à un contrôle et une retenue de la force - mais pas de la vitesse d’exécution, évidemment - .

L'idée est ici de toucher avec un "bout" sans que ce ne soit la main qui touche. Vous comprendrez à ce stade, que ma préoccupation est un soucis de contrôle, de juste appréciation de la puissance, du dosage nécessaire pour faire une touche ressentie - et acceptée comme valable - par l'adversaire ou le partenaire.

L'outil est souple, la mousse s'écrase mollement sur la cible, mais donne, surtout, les "bons signaux proprioceptifs" tant pour le donneur ("est-ce que j'ai touché réellement, avec le bon dosage ?") que pour le receveur ("ah, mince, j'ai été touché... mais j'ai pas eu mal, trop bien !").

En poussant le concept, on peut badigeonner de craie les "bouts "de l'objet, pour permettre de visualiser sans ambiguité les touches posées réellement - puisque la craie va faire une marque sur le tissu du kimono quand la bout arrive avec un contact suffisant sur la cible. (Un peu comme dans les anciens duels au couteau , dans certaines traditions d'entrainement, dans lesquels la lame  -émoussée - du couteau était badigeonnée de peinture, matérialisant et validant ainsi les coups de taille ayant touché)

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On peut alors rentrer dans un jeu d'échange, d'assaut légers, dans lesquels la tactique et la ruse sont privilégiés au détriment de la force.

Ce que j'appelle du soft-boxing (parce qu'il faut bien donner un nom à cet exercice utilisant cet objet spécifique !) . Une forme d'escrime à main nue, legère et cardio... Plaisante.

Dans ma logique de travail, le pratiquant peut avoir un tampon marqueur dans chaque main, ou un tampon marqueur dans une main et un couteau dans l'autre, ou un seul tampon marqueur dans une main, pour donner la possibilité à la main non-armée de saisir (eh oui ! tout se rejoint, au final)

une Escrime Ludique, en somme !

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Différents kubotan, "en vrai"


 


...sans oublier le modèle le plus important :


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